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Cannes 2018 | Everybody Knows : un millésime dévastateur

Après un discours d’ouverture d’Edouard Baer, souvent drôle, Cannes s’ouvre pour la 71ème fois. Un long chemin de croix où les coups de gueule, les coups de coeur, les ronflements ou encore les fous rires vont habiller l’obscurité des salles du festival.

Cette année, c’est à Asghar Farhadi que revient le privilège de lancer les festivités. Un drame familial aux allures de thriller, où Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin tiennent le haut de l’affiche. Après l’ennuyeux Le Client, le réalisateur iranien tente une deuxième expérience hors des frontières de son pays natal. Après la France, l’Espagne est la nouvelle destination de l’auteur du Passé.

Un clocher qui sonne aussi creux qu’une joie superficielle

Une caméra en mouvement nous plonge dans un clocher vétuste. Les cloches sonnent, annonciatrices d’un douloureux secret. Le cadran de l’horloge laisse apparaître une petite fissure, un minuscule trou où réussit à se glisser un malheureux oiseau piégé dans le monument. L’animal s’échappe, comme le secret familial. Dans un petit patelin espagnol, on retrouve la famille de Laura (Penélope Cruz), fraîchement débarquée d’Argentine avec ses deux enfants pour assister au mariage de sa soeur. On retrouve également Paco, homme de la terre, cultivateur sur le domaine familial, acheté à Laura, son amour de jeunesse. Le vignoble est le gagne-pain du village, la mine d’or qui a valu au père, Antonio (Ramon Barea), de pouvoir se construire une fortune et une réputation dans le village. Et quand un événement heureux arrive, un mariage en l’occurrence, tout le monde se laisse happer par la joie et la bonne humeur. Les verres s’empilent et tout semble aller pour le mieux pour la famille. Mais les rires, les belles paroles ont vite fait de se taire lorsqu’un événement tragique vient bouleverser la soirée. Les éclats de rires laissent place aux larmes et à une multitude de secrets enfouis. Des non-dits, des indiscrétions. Le récit se construit autour d’un premier drame inattendu et ensuite patatras ! Le grand chambardement, la grande messe des mesquineries est à présent à l’honneur. Les langues se délient et les masques tombent. Mais pourquoi diable ces secrets ont-ils réussi à tenir si longtemps?

Bardem étincelant sous la direction pointilleuse de Farahadi

Le cinéaste iranien parvient à capter son spectateur, à le tenir en haleine, il le laisse au milieu du brouhaha familial toujours plus pesant – d’une lourdeur parfois indescriptible – plus le dénouement approche. La fragilité dont fait preuve Farahadi avec sa mise en scène au plus proche de ses acteurs amène une touche imprévisible. Un temps heureux, les personnages creusent une tombe collective. Tout est écrit de manière à garder chacun des instigateurs – du rôle principal au secondaire – dans un piège indécelable.

Photo copyright : Frenetic

Peut-on pardonner un événement un peu « gros », dirons-nous ? Oui, même si quelque chose cloche à quelques détails près. Qu’importe, le mystère reste entier, parfaitement porté par un Javier Bardem étincelant, un Ricardo Darin renfrogné, usé par les rumeurs, et une Penélope Cruz convaincante, mais plus effacée par rapport à ses deux acolytes. Everybody Knows lance Cannes de très bonne manière. Malgré le chagrin ambiant, c’est avec le sentiment d’avoir vu un bon film, une oeuvre où le temps se suspend, où le passé se cristallise d’angoisse à force de vouloir en échapper.

Casting : Javier Bardem, Penélope Cruz, Ricardo Darin, Eduard Fernandez, Inma Cuesta, Ramon Barea, Barbara Lennie

Fiche technique : Réalisé par : Asghar Farhadi / Date de sortie : 9 mai 2018 / Durée : 132 min / Scénario : Asghar Farhadi / Musique : Javier Limon / Photographie : José Luis Alcaine / Distributeur suisse : Frenetic