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Cannes 2018 | Capharnaüm : porter plainte contre l’immaturité de ses propres parents

En 2007, une jeune réalisatrice présentait son premier film intitulé Caramel à la Quinzaine des réalisateurs. En 2018, cette même cinéaste présente son film en compétition. Avec Capharnaüm, Nadine Labaki déballe l’histoire d’un enfant jeté en prison pour une agression au couteau et bien décidé à traîner ses parents en justice pour l’avoir mis au monde.

On pourrait le prendre pour un petit effronté, affreusement vulgaire qui plus est. Les mots sont sa carapace, un processus de défense. Mais Zain (Zain Alrafeea) est avant tout un écorché vif, un gamin livré à lui-même dans les rues de Beyrouth. On le découvre menotté, devant un juge qui explique que la peine de 5 ans de prison n’est pas due à des enfantillages. Pas faux, le môme a poignardé – sans tuer sa victime – l’homme qui a marié sa soeur de… 11 ans. Le tableau fait peine à voir, mais le mariage forcé est surtout une idée des deux parents complètement à la ramasse et désireux de donner une vie meilleure à leur progéniture.

Quotidien d’un gosse débrouillard

Remonté, très proche de sa soeur Sahar (Cedra Izam), le petit s’en va loin du nid familial et atterrit dans l’enfer des quartiers pauvres de Beyrouth. Le Liban dans son état le plus délabré s’offre à un enfant démuni. Par chance il croise le chemin de Rahil (Yordanos Shifera) qui lui permettra d’avoir un toit et un frère de substitution. La générosité de l’Ethiopienne expatriée va se transformer en un cadeau empoisonné pour Zain. La femme a déguerpi. Dorénavant, il s’occupe d’un bébé à temps plein. Entre le changement de couches et les « repas », le quotidien du gamin est une aventure cauchemardesque.

Capharnaüm est un long flash-back. Nous le débutons au moment où le visage d’un père résigné, celui de Zain, apparaît, le regard vide. Plutôt cocasse quand on y repense, puisque c’est précisément notre sentiment en sortant de la salle. Une entame prometteuse, précise et rythmée, voire romanesque, laisse place à tout ce qui pouvait arriver de pire : un récit larmoyant. Le pari est audacieux, suivre un enfant qui s’occupe d’un bébé dans un genre de road-movie parental et désespéré. L’histoire pouvait devenir un splendide hymne à la vie. D’autant plus que les deux petits – surtout le bébé – sont excellents. Un bambin et un presque orphelin à peine plus matures que votre petite frère de 10 ans, sillonant les bas-fonds du Liban avec une irrépressible envie de vivre, de s’en sortir à force de petites magouilles. Zain va magouiller, mais aussi en rencontrer des embrouilles. Aspro (Alaa ChouchNiye) sera l’homme qui se montrera sous son plus beau jour et lui fera miroiter un voyage en Turquie ou en Suède pour un avenir meilleur.

À trop forcer la corde rompt

Mais les belles promesses d’une première partie rondement menée vont se perdre dans les limbes de notre âme exténuée de festivalier. Le coup de grâce reste cette fin si appuyée et forcée, calibrée pour faire fondre en larmes les plus sensibles d’entre nous. Des strates de sensibleries à profusion. Mais ça ne marche pas, les violons sortis pour l’occasion n’obtiennent pas le résultat escompté. Capharnaüm perd de son éclat, emprunte le mauvais chemin alors qu’il avait tout pour bien faire. Loin d’être désastreux, c’est plutôt un arrière-goût amer qui l’emporte.

Casting : Zain Alrafeea, Cedra Izam, Yordanos Shifera, Alaa ChouchNiye, Boluwatife Treasure Bankole, Kawthar Al Haddad

Fiche technique : Réalisé par : Nadine Labaki / Date de sortie : – / Durée : 120 min / Scénario : Nadine Labaki, Jihad Hojeily, Michelle Kesrouani / Musique : Khaled Mouzanar / Photographie : Christopher Aoun / Distributeur suisse : –