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Cannes 2018 | Burning : thriller crépusculaire à la limite de la frustration

21 ans de carrière pour Lee Chang-Dong et un passé cannois bien garni. À 64 ans, son film Burning est une adaptation d’une nouvelle d’Haruki Murakami, Les Granges Brûlées. Une histoire qui démarre avec Jongsoo (Ah-in Yoo) qui croise le chemin d’une ancienne amie d’enfance, Haemi (Jong-seo Yun). Quelques verres sirotés et des ébats sexuels plus tard, Haemi file en Afrique et revient au bras de Ben (Steven Yeun), qui lui avouera un penchant pour la pyromanie.

Chang-Dong est un romancier avant tout, lui qui étend ses plans et ses histoires tortueuses. Cette fois-ci, avec Burning, la manière est de nouveau de mise, dans une mise en scène toujours très léchée, à la photographie hallucinante de beauté, presque de la poésie visuelle. Une scène de danse au soleil couchant en est d’ailleurs la parfaite illustration. Mais à force d’étirer son histoire, Chang-Dong en rajoute légèrement trop. Un récit qui met un certain temps – on avoue avoir soupiré – à se mettre en place avant de véritablement entrer dans le vif du sujet, c’est-à-dire au moment où Haemi disparaît sans laisser de trace.

Mystère dans une beauté visuelle à couper le souffle

Jongsoo totalement éperdu d’amour pour Haemi va commencer à s’intéresser à Ben. Les premières discussions traitent surtout de son problème de pyromanie. Tout est question de bombe à retardement. À commencer par Ben, lui qui a pour passe-temps préféré de brûler des serres. Il y a également le père de Jongsoo qui reste sous les verrous pour une histoire d’agression. Plus tard, Jongsoo avouera que son père est une vraie bombe à retardement, prêt à exploser à tout moment. C’est d’ailleurs cette phrase récurrente qui fera écho à une histoire et une issue incertaine.

Photo copyright Pinehouse Film

L’une des clés reste le rapport très étrange entre les différents personnages principaux, avec leurs failles et leurs secrets. Lee Chang-Dong construit un trio avant de se focaliser sur un vrai jeu de cache-cache entre les deux protagonistes. Les filatures, les questions incessantes à propos de Haemi commencent à entretenir un mystère toujours plus insoluble autour de la disparition de la jeune fille.

Précis à en devenir frustrant

C’est au crépuscule, dans le froid de la frontière sud et nord coréenne, que le cinéaste nous propose une fresque sculpturale par sa plastique irréprochable, par sa fluidité du plan et de l’image. Une retenue dans l’intrigue qui insiste sur les non-dits, sur l’opacité de l’affaire qui s’articule graduellement grâce à une mise en scène presque paranoïaque. La grosse retenue réside dans ces longueurs – on pourrait facilement amputer le métrage de 20 minutes – qui étirent le récit. On en ressort presque frustré, tant l’objet est beau, intrigant, tourné de manière à nous maintenir dans le flou le plus total. Burning est beau, mais une certaine frustration persiste. La frustration de ne pas avoir vu le film irréprochable qu’il aurait pu être, malgré la beauté qui s’en dégage.

Casting : Ah-in Yoo, Steven Yeun, Jong-seo Yun

Fiche technique : Réalisé par : Lee Chang-Dong / Date de sortie : – / Durée : 148 min / Scénario : Oh Jung-Mi, Lee Chang-Dong, Haruki Murakami / Photographie : NHK / Musique : Kim Da-won / Distributeur suisse : –