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Cannes 2018 | BlacKkKlansman : le Ku Klux Klan berné par un duo de Colorado Springs

Shelton Jackson Lee dit Spike Lee était l’attraction de ce 14 mai 2018 sur la Croisette. BlacKkKlansman conte l’histoire de Ron Stallworth (John David Washington), un officier fraîchement arrivé au sein de la police de Colorado Springs. Premier noir a intégré la police du Colorado, son adaptation est scabreuse. Mais Ron veut infiltrer le Ku Klux Klan, groupuscule raciste tristement célèbre. Avec l’aide de son coéquipier Flip Zimmermann (Adam Driver), les deux flics vont imaginer un personnage double : Ron s’occupe des conversations téléphoniques et Flip se fait passer pour Ron au contact de la bande.

Adapté du livre du vrai Ron Stallworth, l’histoire est lancée par un long monologue politiquement incorrect d’Alec Baldwin himself. Premiers rires dans la salle. Poursuivons. L’heure de faire connaissance avec Ron Stallworth, futur officier des forces de l’ordre de Colorado Springs, campé par le fils de Denzel Washington. Un entretien bref, drôle, là où une citation difficilement ratable ressort : « vous serez le Jackie Robinson de Colorado Springs », en référence au premier joueur noir ayant joué dans la Ligue majeure de baseball. Mais une fois embauché, ce n’est pas tout à fait ce qu’il espérait. Il se retrouve bloqué aux archives, subissant les remarques racistes de ses collègues.

Clins d’oeil à Trump

L’audace de Stallworth le mènera à proposer ses services pour des missions sur le terrain. Par chance, il est appelé rapidement dans le but d’infiltrer une réunion d’étudiants venus écouter un Black Panther : Kwame Ture (Corey Hawkins). Il y fait la connaissance de Patrice (Laura Harrier) et décide, après la réunion, de prendre le taureau par les cornes en répondant à une annonce du KKK dans la gazette du coin. Réponse rapide d’un certain Walter (Ryan Eggold) qui lui donne rendez-vous. Le hic, il est noir et donc impossible de se rendre à la rencontre. L’infiltration sera emmenée physiquement par Flip, juif et donc tout aussi haï par les membres du Klan. Une fois dans le cercle fermé, l’histoire se ponctue de situations rocambolesques et de rires.

Usant du contexte racial tendu des derniers mois, Spike Lee déballe la marchandise et s’adonne à une gymnastique verbale. Dialogues tordants à foison, BlacKkKlansman se régule grâce à des performances de grande qualité signées John David Washington et Adam Driver. Délaissant l’aspect esthétique, Lee use du prisme de l’absurde pour faire passer un discours plus politisé, profitant au passage de lancer une ou deux piques à l’encontre de Donald Trump. Du genre « America First ». Les excellentes bases d’une première partie endiablée laissent place à une seconde partie qui s’essouffle légèrement. L’humour s’efface et un propos plus aseptisé prend le pas. L’auteur de Malcolm X mise sur un discours positif et pacifique. Spike Lee ne perd jamais de vue son objectif premier. Sous ses allures de comédie aux vannes furtives, il y a une réelle envie de faire passer un message : « no place for violence ». Les images du drame de Charlottesville viennent couronner le tout. N’est-il pas en train de nous dire que si la franche partie de rigolade est terminée, gardons en tête les tensions toujours plus fortes aux Etats-Unis ? La fluidité, l’humour piquant, un duo d’acteurs excellent donnent cet élan supplémentaire à BlacKkKlansman. Même si Spike Lee n’a pas réinventé la roue, on ne boude pas notre plaisir.

Casting : John David Washington, Adam Driver, Laura Harrier, Topher Grace, Ryan Eggold, Jasper Pääkönen, Paul Walter Hauser, Corey Hawkins, Robert John Burke, Michael Buscemi

Fiche technique : Réalisé par : Spike Lee / Date de sortie : 22 août 2018 / Durée : 128 min / Scénario : Spike Lee, David Rabinowitz, Ron Stallworth, Charlie Wachtel, Kevin Willmott / Musique : Terrence Blanchard / Photographie : Chayse Irivin / Distributeur suisse : –