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Call me by your name ou l’évocation de l’hyper-sensualité

La mélodie de Mystery Of Love résonne encore si doucement et puissamment à la fois. Et les premiers extraits du nouveau film de Luca Guadagnino emmenés par la voix si singulière et pénétrante de Sufjan Stevens laissaient présager un de ces moments de cinéma qui émeut, touche et marque. Et bien qu’on se le dise, les prédictions étaient fondées. Complètement renversant de sensualité et de poésie, Call me by your name et un chef-d’oeuvre de délicatesse qui aborde le thème de l’homosexualité avec une finesse et sensualité sans pareilles. Le film a déjà commencé son marathon des récompenses. Dernier évènement en date: les Golden Globes qui se tenaient le 7 janvier dernier à Los Angeles et où le métrage concourrait dans la catégorie « Meilleur film dramatique ». S’il n’a pas raflé la mise cette fois-ci, la « awards season », débutée en novembre avec Les Gotham Awards et où le métrage a remporté le titre de « Meilleur film », ne fait que commencer…

Photo copyright: © 2017 – Sony Pictures Classics

Adapté du roman éponyme d’André Aciman, le film se déroule dans le nord de l’Italie. Dans les années 80, alors que l’été bat son plein et que chacun se plaît à siroter des jus de fruits et se prélasser au bord de la piscine, Elio (Timothée Chalamet) et ses parents, un couple d’intellectuels juifs vivant dans une grand bâtisse transformée en lieu de retraite estudiantine, accueillent Oliver (Armie Hammer) pour quelques semaines. Ce dernier est l’assistant de recherche du père d’Elio. Au cours de ce séjour, les deux garçons vont se lier d’amitié et finalement développer une relation amoureuse profonde. Oliver est plus expérimenté. Elio, lui, découvre l’amour. Les balades à vélo à travers les champs du sud, les moments complices à l’ombre des arbres nichés en bordure des coins d’eau, les jeunes hommes s’observent, apprennent à s’apprivoiser et à s’aimer d’une passion brûlante mais destinée à s’achever.

Armie Hammer et Timothée Chalamet hypnotisants

Le duo Armie Hammer – Timothée Chalamet est foudroyant de sensualité et d’authenticité. L’alchimie entre les deux acteurs est évidente et c’est bien sûr une des pièces maîtresses de la réussite du film. Oliver, l’Américain un brin désinvolte et arrogant, solaire, les cheveux d’un blond impeccable assortis d’un regard bleu azur. Une beauté toute classique mais qui fait à chaque fois son effet. Elio, lui, a la tignasse brune rebelle, l’oeil perçant et brillant, fluet mais hypnotisant d’intelligence et de pureté juvénile. Un charisme fort s’émane des deux personnages qui, chacun à leur façon, dans tout ce qu’ils ont de semblable et de différent, transmettent cette énergie sensuelle vibrante qui piétine tout sur son passage. Oliver teste Elio, Elio traque Oliver. Le jeu du chat et de la souris est en marche jusqu’à ce que l’attirance soit trop forte pour y résister plus longtemps. Elio n’a que 17 ans, Oliver, lui, une petite dizaine d’années de plus. Et quand on pense que l’homosexualité encore aujourd’hui marginalise, imaginez il y a 30 ans. Les deux jeunes hommes continuent à jouer le jeu de l’hétérosexualité, donnant ainsi le change mais se guettent à la moindre occasion.

La performance des deux acteurs est bluffante. Touchants, sensuels, sexy même, sans vulgarité aucune, pudiques, les comédiens parviennent à livrer une prestation qui force le respect. Beaux et divinement bien mis en valeur par une réalisation soignée où chaque détail est pensé, les deux protagonistes évoluent dans cette grande bâtisse, un écrin digne de leur jeu: majestueux.

La sensualité transpirante

Photo copyright: © 2017 – Sony Pictures Classics

Le lieu où se déroule l’histoire est propice à la proximité, au rapprochement. L’Italie, la saison estivale, la douceur de vivre, la légèreté ambiante, la danse, les longues et chaudes soirées sur la terrasse, Luca Guadagnino nous emmène à nouveau dans son Italie natale, à l’image de son dernier métrage A Bigger Splash en 2015. Et le réalisateur ne s’y est pas trompé, le sud en toile de fond fait des merveilles quand il s’agit de conter une romance, ajoutant ainsi un extra de sensualité à la narration. En bref, tout est fait dans ce film pour accentuer la sensualité, à la limite de l’érotisme. Et Guadagnino passe maître dans l’art de construire à l’écran, petit à petit et grâce à des détails minutieusement choisis, une attraction émergente entre deux êtres. Des gros plans de mains, de sculptures antiques, de fruits, d’un short de bain mouillé… La sensualité est tout du long suggérée. Omniprésente telle une ombre planant sur la maison, elle nous guide des prémisses d’une relation jusqu’à sa fin, inéxorablement.

D’une simple attirance en apparence, la relation devient passionnée. De réels sentiments s’installent, les doutes aussi, la peur encore car l’amour aussi vrai et sincère soit-il n’a jamais de chemin tout tracé et la vie s’affaire à nous le rappeler. Une romance comme un souffle de pureté et d’innocence, authentique. L’air de Visions Of Gideon clôt en beauté les deux heures et douze minutes de film. Guidé par la voix chuchotante de Sufjan Stevens à nouveau, le long plan sur les larmes d’Elio suspend le temps quelques minutes. Là, seules les notes virevoltent. Le silence, bercé par la mélodie, pesant, triste, mélancolique. Une fin intense où toutes les émotions se personnifient dans un seul regard. Le générique devient une scène à part entière et on souhaiterait, en regardant le désormais tout grand Chalamet, que ce moment suspendu, d’une justesse rare, ne s’arrête jamais. Merci Monsieur Guadagnino.

 

Casting : Timothée Chalamet, Armie Hammer, Amira Casar, Michael Stuhlbarg, Esther Garrel

Fiche technique : Réalisé par : Luca Guadagnino / Date de sortie : 28 février 2018 / Genre: Drame, Romance / Durée : 132 min / Scénario : Luca Guadagnino et James Ivory / Distributeur: Praese