Search for content, post, videos

BRNS : « On pourrait essayer un truc avec Sardou. »

« Doux jésus, laissons l’expression cathédrales pop au hipsters barbus ! » Voilà ce que le communiqué presse disait lorsque nous avons reçu la présentation du troisième album des Belges de BRNS. Inutile de dire que notre attention fut piquée à vif. Après Wounded (2012), Patine (2014), place à Sugar High disponible depuis le 6 octobre. Un enchevêtrement de mélodies, parfois difficile d’accès, parfois subtil et presque déconstruit, mais savamment pensé. Sugar High se comprend et se lit après quelques écoutes. Quoi de mieux donc que de discuter avec la bande bruxelloise avant leur arrivée triomphale en terres valaisannes le samedi 9 décembre, au Pont Rouge de Monthey BRNS – spécialement Antoine Meersseman – à l’interview entre dérision et sérieux.

 

 

Votre nom de groupe signifie « brains ». Indubitablement on se pose la question : pourquoi vous êtes-vous nommés comme ça ?

Tout simplement parce qu’on aimait bien les films de zombies à l’époque de la création du groupe : Braindead, Zombi 2, Return Of The Living Dead… Heureusement qu’on n’a pas choisi notre nom dans notre période Love Actually !

Pouvons-nous dire que BRNS est un groupe cérébral ? Si on se focalise sur votre dernier opus, la construction mélodique de l’album est assez complexe. On sent presque une déconstruction, des fragments mélodieux emboîtés les uns dans les autres. Les montagnes russes en somme. Pouvez-vous décrire votre album, l’essence qui l’anime ?

Cérébral, pas vraiment. La composition se fait de manière intuitive même si l’on est parfois confronté à certains problèmes quand certaines parties ne fonctionnent pas ensemble. La partie la plus complexe de notre travail consiste à créer un lien dans les morceaux pour que, justement, l’ensemble ne paraisse pas trop abrupt. Quand on y pense, sur ce disque il y a certaines chansons aux constructions assez classiques : The Rumor, Pious Platitudes, Damn Right. Du couplet refrain, sans même passer par un pont ! On voulait revenir à des choses plus simples. Nos deux précédents disques étaient très alambiqués, on avait l’impression qu’à terme ça devenait légèrement indigeste. Ici, les morceaux sont très différents mais leur construction est plus limpide que par le passé.

D’ailleurs, vous avouez des influences 90’s. De quels groupes tirez-vous ces influences ?

On est des enfants des 90’s. On avait 12 ans en 98, et ça avait autant de sens pour nous à l’époque d’écouter Wannabe des Spice Girls que In Utero de Nirvana ou encore OK Computer de Radiohead. Avec le temps, on a exploré ces années-là de fond en comble : Beck, Flaming Lips, Sparklehorse, Pavement et tout le toutim. Tu peux même entendre des réminiscences du saxophone de Morphine sur ‘Mess’ ou ‘Forest’ !

Si on pouvait comparer « Sugar High » à un film, lequel serait-il ?

À Holy Motors de Leos Carax (ndlr : un choix qui nous enchante), un film que l’on aime beaucoup, bourré de petites saynètes, dont on ne sait pas vraiment si elles sont drôles ou tragiques et qui remettent en question la notion d’existence sans jamais fournir de réponse ! Un film frustrant en somme, dont on sort sans savoir si on l’a détesté ou adoré.

Photo copyright : Sasha Vernaeve

Vous souhaitez rester loin des majors, loin des gros labels. Est-ce par peur passer d’un label « indie » à une grosse maison ou avez-vous été dégoûtés ? (ndlr : ils ont quitté la structure de Pias pour Yotonka)

PIAS est en train de se muter peu à peu en major dans ses choix artistiques et économiques. Dans ce genre de maison, ton disque a une durée de vie de 3 mois maximum, puis ils passent à autre chose et tu te retrouves Gros-Jean comme devant à devoir assumer le travail tout seul. Avec Yotanka, on espère pouvoir travailler conjointement dans la durée. L’attention qu’ils nous portent est toute différente.

Dernièrement, nous avions posé la question à J. Bernardt comment il voyait les différences entre les scènes musciales wallonne et flamande. Il trouve qu’un énorme fossé s’est créé entre les deux régions linguistiques. Il pense également que la Belgique ne soutient pas assez ses artistes et qu’il est plus simple de se faire diffuser sur des radios françaises, par exemple. Quel est votre avis sur la question ?

Pour certains projets, c’est très manifeste. Pour nous, en l’occurrence, c’est une autre histoire. On a très rapidement observé un engouement du côté flamand alors que la sauce prenait plus difficilement en Wallonie. Par contre, il est vrai que la Belgique, et en particulier la Wallonie, n’apporte pas un soutien inconditionnel à ses artistes. Un début de hype peut vite tourner au pétard mouillé. C’est dommage car je pense que la plupart des gens n’écoutent pas les disques des groupes locaux par snobisme. Or, on a quand même une scène assez dense et complète. En France, l’excitation est plus vive. On est souvent perçu comme un peu exotique (et un peu beauf et un peu con, mais ça c’est une autre histoire!). Cela dit, je pense que l’époque mène les gens, de manière générale, à très vite passer à autre chose (on peut étendre ce constat à d’autres domaines de la vie!) et c’est un peu regrettable. Il suffit d’écouter le dernier Liars, qui a plus de quinze ans d’existence, pour se convaincre qu’un artiste peut encore avoir des choses à dire sur son huitième album.

Très bien. Et pour BRNS, quelle serait la collaboration rêvée ?

On voulait collaborer avec Johnny pour un second opéra rock, Hamlet 2, mais maintenant qu’il mange les pissenlits par la racine, on pourrait essayer un truc avec Sardou pour le faire virer de la France Insoumise. Je pense que tout le monde nous remerciera !

Vous rêvez sûrement de l’endroit parfait pour vous produire ?

On l’a déjà eu : c’est le Paléo ! (ndlr : en 2013) Quelle expérience. Même avec les années, on ne s’en remet pas !

Finalement, quel est le dernier artiste sur qui vous avez cliqué ?

Snapped Ankles, une sorte de kraut-rock/eletronica très intrigante qui rappelle les meilleures heures de Can !

 

Site officiel du groupe: BRNS