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Božo Vrećo : « Mon nom est devenu synonyme de liberté »

Nouvelle coqueluche de la sevdalinka, Božo Vrećo est devenu en peu de temps une star dans les Balkans grâce à sa voix somptueuse et sa faculté à mélanger les deux genres (masculin et féminin) pour rendre hommage au répertoire de chants traditionnels bosniaques. Derrière sa barbe fournie, son maquillage et son look féminin, l’artiste bosniaque représente la renaissance de ce registre folklorique qui remonte au XVe siècle. Un mélange d’influences musicales ottomanes et urbaines.

Quand l’histoire rencontre le renouveau. Le musicien barbu réussit l’exploit d’exporter sa musique au-delà des frontières balkaniques. Son succès ne fait que grandir et le Cully Jazz saute sur l’occasion pour le programmer le 21 avril au Temple. Dernier concert avant de baisser pavillon pour la 36ème édition du festival, comme un feu d’artifice. Entretien.

 

Pour les gens qui ne connaissent pas la sevdalinka, comment la décrieriez-vous avec vos propres mots ?

Sevdah (ndlr, la sevdalinka a des origines arabes et le mot Sevdah signifie la bile noire) est l’état d’amour et de libération dans lequel vous vous sentez soulagé lorsque vous chantez ou même écoutez une chanson. Ce sont des textes tristes, ils nous rappellent qu’il faut aimer et font partie intégrante de notre âme. Nous sommes les acteurs de ces chansons et toute cette triste mélancolie de la douleur et de l’amour. C’est notre identité. Sevdah est la lumière de l’espoir, celle du soleil après la tempête.

Vous avez débuté votre carrière tardivement. Pensez-vous que vos débuts tardifs ont été bénéfiques pour la suite de votre trajectoire de musicien ?

J’ai commencé à m’engager dans la musique à 26 ans, après mes études d’archéologie. Puis mon amour pour la sevdalinka est arrivé, ce besoin d’appartenir à cette musique de toutes les manières possibles. C’est comme un salut, une mission, une évasion de la réalité, de mauvaises relations amoureuses et de déceptions. Cette musique est mon oasis de sécurité, l’endroit où mes émotions les plus cachées se retrouvent. Je dis toujours que Sevdah est mon partenaire idéal.

Vous êtes originaire de la Bosnie-Herzégovine. Un pays au lourd héritage qui a vécu une guerre qui a laissé des traces dans le paysage des Balkans. Êtes-vous un homme plutôt pessimiste ou, au contraire, optimiste ? Pensez-vous que le pessimisme, la tristesse, les moments difficiles sont des facteurs favorables à la création ? Selon vous, la créativité émerge-t-elle plus facilement de moments douloureux ?

Il y a encore beaucoup d’amertume dans les rues, les gens sont malheureux sans travail et sans progrès. Il y a moins de gens comme moi, qui vivent leurs rêves et se réjouissent de commencer une nouvelle journée. Nous n’avons pas de gouvernement, d’État et de lois, nous vivons dans un pays avec des « sauvetages » à la tête d’un État corrompu. C’est l’anarchie. Nous avons survécu aux bombardements, à la guerre, à la famine et à la perte d’êtres chers. Nous l’avons fait et nous avons continué nos vies. Il y a donc beaucoup de douleur, de tristesse dans ma musique. La sevdalinka reflète la douleur en général et la nostalgie, les principaux motifs qui font la sevdalinka.

Je ne suis pas affecté par les snobs conservatistes

Votre musique est une folk traditionnelle de votre pays. Une musique qui traverse les époques et chantée par vos ancêtres. Vous, vous chantez pour les deux genres (masculin et féminin). Dans les Balkans, est-il difficile de défendre votre art, votre position en tant que musicien qui use de deux genres, sachant que dans ces pays, la société est très patriarcale ?

C’est toujours un thème tabou, mais ça ne me dérange pas. Je ne suis pas affecté par les snobs conservatistes, ni même les idiots. Je me concentre sur mon art et juste sur la façon dont je me sens. Mon nom est devenu synonyme de liberté, même le New York Times a écrit à mon sujet. Ma devise est : « Soyez qui vous êtes et tous les rêves deviendront réalité. »

Mon côté masculin est en harmonie avec mon côté féminin

Vous vous voyez comme une personne des deux genres. Pensez-vous que la perfection humaine est un mélange entre la femme et l’homme ?

Nous sommes tous nés en tant qu’homme et femme… pour une vie pleine de liberté. Vous avez besoin de courage et de confiance en vous pour mener votre vie. La vie est trop courte pour être quelqu’un d’autre. Soyez comme vous êtes et croyez en vous. Mon côté masculin est en harmonie avec mon côté féminin, ils aiment travailler ensemble.

Vous aimez écrire et peindre. Pouvez-vous citer un écrivain ou un peintre qui vous a ému dernièrement ?

Je vais citer un livre sur Stravinski écrit par Robert Craft. Aussi le peintre Carlo Dolci avec son tableau Blue Madonna et Paja Jovanovic avec sa toile de la Décoration de la mariée. Mon 5ème album sortira en juin et l’inspiration est à l’intérieur de moi et tout autour. J’écris un morceau partout où je vais, partout où que je sois. Ma musique fait partie de ma respiration.

Pour finir, un artiste ou un groupe que vous écoutez volontiers ou beaucoup ces derniers temps ?

Beaucoup d’entre eux comme Toot Ard & Acid Arabe, Vagif Mustafazade, Alim Qasimov, Natalie Dessay, Simeon Ten Holt, l’Orchestre de Chambre Morgenland

www.cullyjazz.ch