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Boy Erased : Jared Eamons face à l’ineptie humaine

Adapté des mémoires de Garrard Conley, Boy Erased est une tendre et complexe histoire de « conversion gay » dans un centre pour jeunes aux déviances sexuelles. Comprenez par là qu’ils sont homosexuels. Crime contre l’humanité, diantre. Pour incarner Jared Eamons, l’excellent Lucas Hedges, toujours plus intense plus il enchaîne les rôles.

Il aimerait être pilote de moto de course, il aime le bleu et le jaune. Le petit Jared est un enfant comme les autres, innocent, avec ses rêves et sa bonne humeur enfantine. Des années plus tard, Jared a grandi, il termine le lycée et se prépare à entamer son cursus universitaire. Parcours normal jusqu’à une situation qui met le feu aux poudres : un soir, son ami Henry (Joe Alwyn) le viole. Scène d’une douleur sourde. Jared voit quelque chose se briser en briser. Mais le plus dur reste le retour au bercail, alors qu’Henry se fait passer pour un conseiller au téléphone, auprès de sa mère. Les choses dégénèrent et Jared avoue son homosexualité dans la foulée.

Genèse des désirs, remonter le passé pour guérir

Envoyé dans un centre thérapeutique afin d’éradiquer ses penchants homosexuels, le chemin vers la guérison demeure complexe, tortueux. Un pas de côté et le voilà dans un sacré pétrin. Choisit-on de naître gay ? Pour son père pasteur, Marshall (Russell Crowe), il faut éliminer ce fléau qu’est l’attirance pour le même sexe. Une thérapie qui cherche à comprendre les fractures du comportement pour dévier de la juste ligne de conduite. Hétérosexuel tu seras, Jared. Retrouver sa posture d’homme, frapper la balle comme un écervelé à la batte, ou encore serrer la main comme un vrai mâle alpha. Un être viril tu seras, Jared.

Photo copyright : Focus Features

Dernièrement, Come as you are de Desiree Akhavan, qui suivait une jeune fille, traitait du même genre d’histoire. Plus exubérant, plus léger, l’histoire de la jeune Cameron Post n’épouse pas les mêmes contours tragiques de Jared. Joel Edgerton mise sur une réalisation tout en retenue, scènes complexes et échanges houleux, laissant sa caméra se poser sur des visages aux regards fuyants. Une jeunesse à la dérive empêtrée dans une Amérique puritaine et hypocrite. Edgerton maîtrise son sujet, se glisse au milieu d’une bande de jeunes : Cameron, Jon – impeccable Xavier Dolan – et Gary sont dans le même pétrin, des êtres égarés, à formater et remettre à tout prix sur le droit chemin.

Une forme de contemplation de l’inextricable bêtise humaine. Un père qui se tourne vers des gens plus sages, de peur de mal faire. Un père qui ne sait pas montrer son amour, ou mal. Une mère, Nancy Eamons (Nicole Kidman), tiraillée et étouffée par son mari. Malgré sa prévisibilité, Boy Erased est pudique dans les émotions. Lucas Hedges, comme figé dans sa souffrance, extrait toute la vulnérabilité des mémoires de Garrard Conley. Un film avec ses impuretés, au propos lourd alors que les protagonistes rêvent de légèreté, privés d’une liberté qu’il mérite comme tout un chacun.

 

 

Casting : Lucas Hedges, Nicole Kidman, Russell Crowe, Joel Edgerton, Joe Alwyn, Flea, Xavier Dolan, Théodore Pellerin, Troye Sivan

Fiche technique : Réalisé par : Joel Edgerton / Date de sortie : 27 mars 2019 / Durée : 115 min / Scénario : Joel Edgerton, Garrard Conley / Photographie : Eduard Grau / Musique : Danny Bensi, Saunder Jurriaans / Distributeur suisse : Universal Pictures