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Bohemian Rhapsody : toutes les mélodies de Queen dans un biopic aseptisé

Photo Copyright : 2017 Twentieth Century Fox

Attendu comme le lard dans une choucroute garnie, le biopic sur celui qui fut l’un des plus excentriques chanteurs de rock de tous les temps, Freddie Mercury, sort le 31 octobre et c’est une horde de fans qui ne tiennent plus en place. Autant dire que les attentes étaient grandes. Mais voir ce film un jour sur grand écran n’était pas un pari gagné, car entre le désistement de Sacha Baron Cohen, initialement prévu pour tenir le rôle de Mercury, et le renvoi du réalisateur Bryan Singer deux semaines avant la fin du tournage – ce dernier remplacé au pied levé par Dexter Fletcher – le métrage a peiné à voir le jour. Mais soit ! Il sort cette semaine, pour notre plus grand bonheur… ou pas. Car s’il y a du bon, il y a aussi du beaucoup moins bon.

Le film retrace l’avant Queen, du temps où Freddie Mercury (Rami Malek), de son vrai nom Farrokh Bulsara, travaillait encore comme bagagiste à l’aéroport d’Heathrow. Fils de parents Pârsî, de religion zoroastrienne, Freddie aspire à quelque chose de grand. Animé par la musique dès son plus jeune âge, il fréquente ce bar où des groupes de rock se produisent. Un soir, après le concert du groupe Smile, Freddie propose ses services à Brian May et Roger Taylor qui viennent tout juste de se faire lourder par leur chanteur. Rejoints ensuite par John Deacon et un changement de nom plus tard, Queen était né. Le biopic retrace ensuite les moments forts du groupe comme sa première tournée américaine, sobrement intitulée « Midwest USA », pour s’achever en apothéose sur les images du mythique concert Live Aid en 1985, concert qui a marqué le retour de Queen après leur séparation suite au départ de Mercury.

Un récit aseptisé pour un biopic qui n’en est pas un

Si tout n’est pas mauvais, il n’en reste pas moins que le film présente des lacunes béantes, se privant ainsi de l’étiquette de biopic à proprement parlé. Car le métrage est moins une histoire sur le personnage de Freddie Mercury lui-même, qu’un hommage rendu au groupe. Vous serez déçus si vous vous attendez à apprendre quelque chose sur le leader charismatique. Loin de creuser la personnalité complexe de Mercury, loin de s’attarder sur la façon dont il a longtemps nié son homosexualité avant de finalement se l’avouer, loin encore d’axer son point de vue sur le décalage qui existait entre le leader de Queen et les autres membres du groupe ou enfin loin d’aborder ses relations familiales, notamment sa relation conflictuelle avec son père qui est à peine évoquée, le film passe à côté de tout ce qui aurait pu en faire un biopic de qualité. Malgré un matériel de base d’une richesse époustouflante, on se retrouve à regarder une histoire aseptisée, vidée de sa substance première et primordiale : la personnalité troublée de Mercury, cet homme passionné par la musique mais seul, qui cherchait avant tout à être aimé de tous.

Photo Copyright : 2017 Twentieth Century Fox

Il y a certes quelques scènes réussies, ponctuées de moments plutôt comiques. On retient la scène de la réunion dans le bureau du chef du label Ray Foster (Mike Myers), accoutrements et perruques dignes d’une parodie mais situations cocasses et dialogues hilarants. Mais in fine, tout ça reste malheureusement beaucoup trop lisse pour être crédible. Et lorsque l’on s’intéresse un tant soit peu à la carrière du leader de Queen, il ne faut pas longtemps avant de constater que sa vie était tout sauf lisse. Romancé à outrance, le propos est gentillet et poli. Au lieu d’ouvrir les tiroirs d’une histoire hors-norme qui aurait permis de pénétrer le côté plus torturé de la star, le récit slalome entre les thématiques sans jamais les attaquer frontalement et reste en surface. C’est à peine si on voit un gramme de coke ou autre coupelle de champagne trainer ci et là. Risible lorsque l’on connaît l’existence menée par Mercury.

L’hommage rendu au grand groupe qu’était Queen

À défaut de rentrer dans le vif du sujet et de prendre son histoire à bras le corps, restent toutes ces chansons désormais mythiques du groupe de rock. Bohemian Rhapsody, Somebody to love, Another One Bites The Dust, Radio Ga Ga, Crazy Little Thing Called Love ou encore We Are The Champions, il y en a tellement ! Un gros moment de nostalgie qui rappelle à quel point Freddie Mercury était doté d’un talent d’exception. Moment de nostalgie également lorsque l’on voit renaître Mercury sous les traits d’un Rami Malek à la hauteur de la tâche, et dieu sait si la tâche était complexe ! Une performance remarquable qui, selon certains, pourrait bien le propulser vers une nomination aux prochains Oscars.

Que l’on aime ou pas Queen, plus jamais il n’y aura de groupe tel que celui-ci, cassant tous les codes, osant pousser l’excentricité à son paroxysme, inventant des registres nouveaux en mélangeant les genres musicaux, créant ainsi un style inimitable qui restera à jamais gravé dans le marbre des grands noms du rock. Avant-gardiste, innovateur, sans concession, Queen a été ce genre de groupe qui, à coups d’albums, a marqué son temps et ceux d’après au fer rouge. Plus jamais il n’y aura non plus de concert tel que Live Aid, un concert titanesque donné à la fois à Londres et Philadelphie et réunissant un horde inimaginable d’artistes plus fameux les uns que les autres. Plus jamais le monde ne revivra cette folie rockeuse, celle que certains artistes et autres groupes iconiques du 20ème siècle ont su créer de toutes pièces, une ère de tous les possibles. Et si le film a plus diverti que convaincu véritablement, il a au moins le mérite de nous avoir, pour quelques minutes, replongés dans cette page exceptionnelle de l’histoire musicale. Que le présent nous semble dès lors bien morne…

Casting : Rami Malek, Lucy Boynton, Gwilym Lee, Ben Hardy, Joseph Mazzello, Aidan Gillen, Tom Hollander, Allen Leech, Mike Myers

Fiche technique : Réalisé par : Bryan Singer / Date de sortie : 31 octobre 2018 / Durée : 135 min / Genre : Biopic, Drame / Scénario : Anthony McCarten / Distributeur suisse : Fox-Warner