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Blade Runner 2049 : une poésie aussi vulnérable que majestueuse

35 ans après, 35 longues années après le film de Ridley Scott devenu culte, Blade Runner revient déballer sa science fiction dystopique à l’univers cyberpunk. Un héritage que Denis Villeneuve dépoussière avec Blade Runner 2049.

Après la traque de Rick Deckard (Harrison Ford), l’officier K (Ryan Gosling) a pris le relais de Rick et décide de retrouver l’ancien blade runner, lui qui a déserté depuis belle lurette la force d’intervention d’élite. K est désormais la cible des hautes instances, après avoir découvert une affaire classée secret défense. Deckard se profile comme la seule solution pour dépêtrer K de sa misère. Un scénario qui lie passé et présent pour nous immerger de plus belle dans l’univers obscur imaginé par Philip K. Dick.

Visuellement à couper le souffle

Les esclaves issus de la bio-ingéniérie et les humains se succèdent dans le monde post-apocalyptique connu des fans de l’original. Le volet réalisé par Denis Villeneuve perpétue la tradition avec brio, plongeant davantage le spectateur dans une exploration plus profonde sur l’humanité et la place toujours plus conséquente de la technologie. La patte « villeneuvienne » se fond parfaitement dans un monde foisonnant et se marie avec les couleurs et le brouillard dense qui enveloppent Los Angeles et ses alentours. Une esthétique irréprochable signée Roger Deakins, une musique aussi immersive que fascinante orchestrée par Hans Zimmer et Benjamin Wallfisch, et surtout un scénario admirablement ficelé – Hampton Fancher et Michael Green -, dont il serait ignoble de notre part d’en dévoiler les ficelles.

Photo copyright : Sony Pictures

Car Blade Runner 2049 se révèle être une plongée hypnotique, poétique et philosophique. Les effets visuels ajoutés à cette superbe photographie qui vous baigne dans une atmosphère désolante, là où la ville de San Diego est devenue une vaste décharge, ainsi que les hologrammes se fondent dans la masse. La percée est tout aussi intelligente que contemplative. Les humains et les androïdes cohabitent sans vraiment se différencier. Dans le premier volet, le contexte de l’esclavage était une thématique centrale. Dans le second, l’esclavage est moins présent, mais l’âme est un aspect souvent effleuré par Villeneuve. Le lien entre la machine et l’humain prend tout son sens dans ce nouveau Blade Runner. L’officier K en parle, se questionne sur les différences entre l’homme et les réplicants : l’âme, la naissance.

Ryan Gosling vulnérable et mystérieux

Un Los Angeles futuriste avec des alentours où plus rien ne vit, où seul un épais brouillard est perceptible. Même Las Vegas a perdu son lustre d’antan. Plus rien ne vit, tout est à l’abandon. Un triste spectacle urbain auquel Ryan Gosling donne une autre dimension grâce à son charisme et son jeu tout en retenue. D’un être violent à personnage très vulnérable, le canadien explore et est exploré dans les moindres détails. Fissuré et solitaire, comme écorché vif, il trouve une échappatoire avec son hologramme chéri, Joi, interprété par une excellente Ana de Armas. Et si Gosling et Ford s’accaparent la majeure partie du temps la présence à l’écran, les rôles féminins apportent un poids essentiel au récit. Entre Mackenzie Davis, Ana de Armas, Robin Wright, Carla Juri ou la « méchante » Sylvia Hoeks, exécutrice de l’autre méchant Niander Wallace, interprété par un Jared Leto troublant et mystérieux, Denis Villeneuve articule sa balance entre le bien et le mal grâce à ses personnages féminins.

Photo copyright : Sony Pictures

Au-delà de l’enveloppe très séduisante de Blade Runner 2049 et la claque visuelle, l’esprit « Blade Runner » dont Philip K. Dick est l’instigateur demeure encore plus passionnante que le premier volet. La beauté tant plastique que scénaristique, ainsi que la direction irréprochable de Denis Villeneuve nous immerge complètement dans une poésie mélancolique au crépuscule d’une nouvelle ère. Exit l’action pour laisser place à la réflexion, car Blade Runner 2049 entre dans un autre registre, celui d’un autre genre – comparable à Stanley Kubrick, serait-on tenté de dire – qui vous laisse béat d’admiration où maîtrise et sentiments sont explorés de sobre manière. Et cela ne souffre d’aucunes discussions : c’est magistral.

Casting : Ryan Gosling, Harrison Ford, Jared Leto, Ana de Armas, Sylvia Hoeks, Robin Wright, Dave Bautista, Mackenzie Davis, Carla Juri

Fiche technique : Réalisé par : Denis Villeneuve / Date de sortie : 4 octobre 2017 / Durée : 164min / Genre : Science fiction / Scénario : Hampton Fancher, Michael Green, Philip K. Dick / Musique : Benjamin Wallfisch, Hans Zimmer / Photographie : Roger Deakins / Distributeur suisse : Sony Pictures