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Ava : beaucoup de promesses malgré les imprécisions

Présenté à la semaine de la critique à Cannes, Ava est le premier véritable film de Léa Mysius (co-scénariste des Fantômes d’Ismael). Un baptême du feu qui se traduit par l’attitude rebelle d’Ava, jeune fille âgée de 13 ans et bientôt aveugle. Alors que l’ambiance est plutôt décontractée, Ava commence une véritable remise en question. Entre expérience amoureuse et environnement familial, l’adolescente erre sur la plage, se rebelle, tente de trouver un sens à sa vie et agit de manière décomplexée.

Quête adolescente

Ava, campée par l’étonnante Noée Abita, est aussi mystérieuse que froide. Sa mère la trouve méchante et n’hésite pas à lui dire que c’est le venin qui lui brûle les yeux. Le ton est donné, car cette petite est en plein questionnement. Apeurée de ne pas pouvoir voir de belles choses avant la perte totale de la vue, elle se laisse voguer dans les eaux troubles du désir et de l’amour. Par l’intermédiaire de Juan (Juan Cano), un gitan à qui elle a volé son chien, Ava découvre les plaisirs charnels. Une nouvelle vie s’offre à elle où elle ne se refuse rien. Une quête identitaire, un voyage initiatique aux allures de western moderne quand elle décide de suivre son bien-aimé à travers une aventure sans but réel, ou pour simplement prendre son envol loin de sa mère un peu envahissante.

Photo copyright: Bac Films

Les horizons bouchés, la vue qui s’estompe, Léa Mysius associe le difficile passage de l’adolescence à la peur de voir tout noir pour le reste de son existence. La jeune cinéaste tend entre ces deux facettes en occultant l’une plus que l’autre. La française, derrière ses excellentes idées, fragilise son récit en se focalisant sur l’idylle entre Ava et Juan, délaissant complètement l’aveuglement naissant de l’ado. Car si les prémices d’un amour fou apparaissent, le véritable maux d’Ava semble passer en second plan. « As-tu peur du noir ? », lui demande Juan. Une question pleine de sens, mais que Léa Mysius laisse en suspens. Le noir c’est le néant, la peur, l’inconnu ou le cauchemar pour beaucoup de personnes. Ava, elle, fait des cauchemars et n’en dort plus la nuit. On découvre un aperçu grâce à une scène étonnante de justesse, et plus rien à propos de cette séquence qui débarque comme un OVNI. Ava – le film en l’occurrence – montre un visage captivant plongé dans l’obscurité totale, prêt à plonger dans l’inconnu. Mais Léa Mysius préfère s’attarder sur cette échappée amoureuse au lieu d’avancer dans son début de réflexion.

Des fulgurances pour une oeuvre inégale

Les bonnes idées sont bien présentes, mais l’exécution laisse à désirer. Coupable de temps morts, Ava est un film qui ressemble à s’y méprendre à une grosse cylindrée qui peine à passer la cinquième. Parfois proche de l’excellence, Mysius joue sur plusieurs tableaux sans approfondir le véritable enjeu de son récit : le changement drastique d’existence auquel va être Ava confrontée. Tantôt dans un rêve, tantôt dans un cauchemar, l’histoire connaît des hauts et des bas, des éclairs de génie et des ratés. On ne peut s’empêcher de pointer du doigt cette fin un peu facile qui vous laisse un goût d’inachevé.

Une première oeuvre est souvent imparfaite. Ava reflète la rébellion d’une fille de 13 ans déboussolée mais consciente de ses actes. Un sentiment de liberté qui tend entre furie et fantasme. Léa Mysius entonne un hymne brûlant qui résonne comme la vague qui percute les rochers. Sans être transcendante, la réalisatrice de 28 ans laisse entrevoir de belles promesses et s’inscrit dans la lignée des Julie Ducournau ou Eva Husson comme les instigatrices d’un cinéma d’auteur français décomplexé et excitant.

Casting : Noée Abita, Juan Cano, Laure Calamy, Tamara Cano

Fiche technique : Réalisé par : Léa Mysius / Date de sortie : 16 août 2017 / Durée : 105min / Genre : Drame, Romance / Scénario : Léa Mysius / Musique : Florencia Di Concilio / Distributeur suisse : Praesens