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Abel Korzeniowski en 5 musiques de films

Alors que Tom Ford triomphe avec Nocturnal Animals, le cinéaste américain possède une pièce primordiale à son échiquier. Celle qui apporte une touche de mélancolie, celle dont on ne parle pas assez mais qui nous plonge plus en profondeur au fur et à mesure que le film s’enfonce dans la vengeance et la noirceur. 

Ce pion d’une importance capitale se nomme Abel Korzeniowski. Diplômé de l’académie de musique de Cracovie et compositeur au répertoire mélancolique, doux et mystérieux, surtout pour la bande-son de Penny Dreadful, il a été, à chaque fois, affilié aux projets cinématographiques du designer américain, marquant de son empreinte deux métrages d’une beauté saisissante. Mais il serait malhonnête de notre part de le confiner au simple «compositeur de Tom Ford», car la carrière du musicien polonais va au-delà de ces deux films.

Auteur de plusieurs compositions pour des films polonais, il produit deux soundtracks pour Pu-239 (2006) et Battle for Terra (2007). Puis, en 2009, c’est l’arrivée de A Single Man qui le place comme l’un des grands compositeurs du moment. Un tournant qui l’amènera à travailler sur un bon nombre de productions cinématographiques et télévisuelles. L’occasion est belle pour rappeler les cinq plus grandes compositions du polonais désormais expatrié à Los Angeles.

W.E. (2011)

Réalisé par Madonna, avec Abbie Cornish et Oscar Isaac entre autre, W.E. ne déchaîne pas les passions, certes, mais un facteur se démarque indéniablement. La finesse de la bande-son du compositeur polonais. Du Londres de 1936 au New-York de 1998, les mélodies du maestro nous transportent à travers les époques et une romance compliquée.

Derrière ce film à la vitrine artificielle et plate, le travail de Korzeniowski reste l’une des choses positives à retirer. De « Charms » à « Abdication », il capte cette profonde émotion qui fait cruellement défaut à l’oeuvre de Madonna.

Penny Dreadful (2014-2016)

Diffusée sur Showtime, Penny Dreadful est une série mastodonte. Aussi étranges que fascinantes, les aventures de Vanessa Ives (Eva Green) sont, de loin, un moment clé du paysage télévisuel de ces dernières années. L’époque victorienne y est parfaitement détaillée et la noirceur qui en découle vous enveloppe dans un manteau poético-horrifique.

Si on ne tarit pas d’éloges à propos de l’oeuvre de John Logan, la production Showtime a tout juste, aussi, par sa bande-son enivrante. Rien que par le titre « Demimonde Titles » qui intervient dans le générique d’ouverture, Abel Korzeniowski laisse libre court à son talent.

La patte du compositeur s’intensifiera plus la série se prolongera. Durant trois saisons, sa musique accompagnera un récit somptueux, comme le prouve cette scène d’anthologie – saison 2 – entre Victor Frankenstein (Harry Treadaway), Lily (Billie Piper) et Dorian Gray (Reeve Carney), où le sang coule à flot et les créatures prennent le dessus sur l’homme. Une séquence « ensorcelante » amplifiée par « Melting Waltz », un extrait majestueux.

Romeo & Juliet (2016)

Passé complètement inaperçue, cette nouvelle adaptation de l’oeuvre de Shakespeare n’a pas soulevé les foules comme l’avait fait celle de Baz Luhrmann en 1996, avec, dans les rôles principaux, Claire Danes et Leonardo DiCaprio. Si bien qu’il n’est même pas sorti dans les salles. 

Par contre, Abel Korzeniowski tire les marrons du feu et délivre un recueil musical délicat et passionnant. Comme cette histoire d’amour impossible, les partitions du natif de Cracovie reflètent cette passion amoureuse et la délicatesse de cette histoire profondément triste.

A Single Man (2009)

Un « soundtrack » dantesque pour un métrage qui l’est tout autant. Le premier film de Tom Ford est une réussite, un chef-d’oeuvre. Un deuil qui nous plonge en 1962, à Los Angeles, où les doutes et le chagrin sont les thèmes principaux. George Falconer (Colin Firth) n’est plus le même après la perte de son conjoint, si bien qu’il n’envisage plus aucun avenir et se laisse couler dans une profonde tristesse, faisaint ainsi remonter les démons du passé.

Là, pour accompagner un homme meurtri, comment ne pas faire appel à la maestria de Korzeniowski pour intensifier la douleur que ressent un être à la dérive. Auteur peut-être de sa plus belle oeuvre musicale à ce jour, le Polonais dévoile une splendide bande-son tout aussi intense et captivante que le film.

Nocturnal Animals (2016)

Pour terminer les cinq compositions qui font d’Abel Korzeniowski un grand compositeur, clôturons avec Nocturnal Animals. Fascinant comme son film précédent, Tom Ford entretient encore plus sa légende, celle qui en fait un cinéaste au talent hors norme.

Thriller noir au dénouement somptueux et glacial, Nocturnal Animals est un chef-d’oeuvre qui sonne comme une sorte de continuité après A Single Man. Deuil amoureux, vengeance, indécision, des thèmes que Korzeniowski rythme par une bande-son ô combien enivrante par son élégance et la tension qu’elle communique. Si bien que Nocturnal Animals accède à une autre dimension grâce à la justesse d’un compositeur de génie.