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A24 ou comment décortiquer les choix artistiques d’une société fantasmée

Ce logo fait frémir les cinéphiles et plus encore. A24 a réussi en moins de 6 ans à créer une vraie communauté de fans grâce à une sélection de film osée mais qui fait souvent mouche. Une société qui continue à croire au cinéma, au vrai, comme le fait Annapurna Pictures.

Fondée en 2012 par Daniel Katz, David Fenkel et John Hodges – ce dernier vient de quitter le navire -, la société a rapidement trouvé son rythme de croisière en tant que firme évoluant dans la distribution et production de films. Basée à New York, l’entreprise s’est forgée une belle réputation avec plusieurs nominations aux Oscars, dont celui du meilleur film avec Moonlight de Barry Jenkins. Une récompense qui confirmera encore un peu plus le fantasme auquel est associée l’entreprise new-yorkaise.

« Les films de A24 sont des filtres Instagram »

Comme le rappelle Slate dans un récent article, « le logo de A24, dès qu’il apparaît, est source de fantasme ». Le New York Times en parle même comme « le principal créateur de tendances à Hollywood ». Le plus drôle, c’est aussi les commentaires laissés par les internautes sous les bandes-annonces publiées sur Youtube : « les films de A24 sont des filtres Instagram », pour l’un des seuls commentaires négatifs. Mais c’est souvent des « I love you A24 » ou le très répandu « encore une fois, A24 nous sert un chef-d’oeuvre ». Des messages élogieux qui affluent et forment une vraie base de fans acquise à la cause du distributeur américain. Il est vrai qu’à chaque bande-annonce publiée sur la toile, l’engouement est souvent au rendez-vous.

Toujours dans Slate, le média en ligne français se demande quelle ligne les 3 directeurs suivent pour sélectionner les films qu’ils vont distribuer. « Difficile de tracer une ligne cohérente entre la comédie méta The Disaster Artist, le film d’action Free Fire, le film d’horreur It Follows, la comédie dramatique douce-amère Lady Bird, le thriller post-apocalyptique It Comes At Night, le drame social Moonlight ou le film de science-fiction Ex-Machina ».

L’instinct, les goûts ou une idée bien précise ?

À force de lire les articles à leur propos, d’entendre dire qu’ils choisissent leurs films à l’instinct, l’idée de comprendre et de décortiquer leur mode de fonctionnement commençait à nous titiller. Nous avons pris le taureau par les cornes et avons fait une petite analyse des oeuvres distribuées par A24 par année.

le distributeur américain débute en 2013 avec Dans la tête de Charles Swan III (A Glimpse Inside the Mind of Charles) de Roman Coppola. D’ailleurs, durant cette même année, 4 autres films sont distribués. 5 métrages qui tracent une ligne bien distincte : les différentes facettes de la relation humaine. Avec Ginger & Rosa, Spring Breakers, The Bling Ring et The Spectacular Now, on sent les frasques adolescentes, le passage à l’âge adulte et la remise en question après une sévère dégringolade. 5 films qui sonnent comme une guerre émotionnelle sur tous les fronts.

En 2014, les choix ont pour thématique la solitude. Enemy, Under The Skin, Locke, Obvious Child, The Rover, Life After Beth, A Most Violent Year, The Captive ou Laggies (Girl Only) sont là pour rappeler que leur point commun est une profonde solitude. À cela ajoutez Tusk et La Revanche des Dragons Verts. Ces 11 films ont tous comme point commun une figure principale esseulée, en décalage avec son environnement ou simplement en deuil.

En 2015, toujours avec 11 films distribués, A24 joue la carte vagabonde. Des 11 oeuvres, on sent le renouveau, la rébellion ou le risque inconsidéré. Des facteurs que nous retrouvons facilement dans Ex Machina, Slow West, Mississippi Grind (Under Pressure), Cut Bank, Room ou encore While We’re Young. Alors qu’en 2016, à travers les 18 films sélectionnés par A24, les choix sont placés sous le signe du passé. Une équation entre le passé et le présent, des choix cruciaux que la vie nous ordonne de faire. Tout quitter de différentes manières – comme en témoigne des films tels que Moonlight, The Sea of Trees, American Honey, The Lobster, Mojave – ou affronter.

À force de chercher le véritable fil rouge, le sujet commun, derrière une esthétique souvent irréprochable, nous apparaît comme un art de vivre, une vision qui explore les différentes facettes d’une existence fantasmée ou cauchemardesque, tout en gardant un pied dans une réalité tortueuse. Dans ses choix de films, A24 choisit la vie dans sa forme générale.