Search for content, post, videos

À Waco, la loi de l’Homme a surpassé l’autorité de Dieu

Le conflit doit obligatoirement se régler par la violence ou ne peut-on pas laisser une place, même minuscule, au dialogue ? Cette question suit, hante encore des années après les protagonistes d’une opération cauchemardesque qui a vu 76 personnes, dont 25 enfants, périr dans les flammes. Une catastrophe qui a eu lieu à Waco, au beau milieu du Texas, là où une secte s’est formée sous l’impulsion du gourou David Koresh (Taylor Kitsch). Les Davidians dérangent les autorités fédérales, spécialement l’ATF, en raison de son arsenal d’armes à feu. Une affaire qui éveillera l’opinion publique, tous les médias nationaux et le FBI par la même occasion.

Adapté du livre Waco : A Survivor’s Story de David Thibodeau et Léon Whiteson, ainsi que des mémoires de Gary Noesner, la mini-série diffusée sur Paramount Network dresse un portrait peu reluisant des autorités fédérales. Mais il est surtout question de parole, de désamorcer la violence le dialogue. Un discours qui déplaît au FBI qui, lui, veut des résultats et perd patience face à la lubie de David Koresh. Ce dernier veut faire passer son message en parlant des Sept Sceaux de l’Apocalypse, en prouvant au monde entier que Dieu lui a adressé un signe. Même si plus d’une centaine de Davidians sont persuadés que Koresh est leur guide spirituel, Prince (Glenn Fleshler) et Richard Rogers (Shea Whigham) préfèrent donner l’assaut et plonger toute une communauté dans un état de siège. Les premières négociations laisseront place à un déluge de balles et de sang.

Gary Noesner, l’incompris

Après deux premiers épisodes classiques qui placent les enjeux et les valeurs que Koresh souhaitent apporter à sa communauté, Waco démarre véritablement dans un troisième épisode explosif, dans tous les sens du terme. D’un côté, le gourou tente vainement de faire comprendre à l’ATF son envie de négocier dans le calme, et de l’autre, dépêché plus tard sur les lieux, Gary Noesner (Michael Shannon) se bat pour faire entendre sa parole, son envie de négocier sans précipiter les choses et surtout sans avoir recours à la violence. La position de Noesner, responsable de la négociation pour le FBI, est d’autant plus délicate puisqu’il doit gérer plusieurs problèmes en même temps. Son conflit avec ses supérieurs et son travail de négociateur. Il tente à la fois de calmer un leader de secte parfois brouillon et colérique et d’apaiser les ardeurs de Prince et Rogers. Tâches ardues pour un seul homme.

Photo copyright : Spike TV

Waco construit prudemment le mythe Koresh sans réellement entrer dans la tête du personnage. Une rédemption après des déboires avec la justice et une enfance compliquée. C’est tout ce qu’on apprend de Koresh. Un homme qui refuse de céder au plaisir de la chair : « L’homme doit juste s’élever au-dessus de ça », dit-il. Koresh est un véritable gourou, égocentrique et parfois manipulateur, mais Waco brosse un portrait presque affectueux de l’homme, omettant le véritable propos de la série : pourquoi ces gens sont-ils captivés par la voix de David Koresh ?

Par contre, la série aborde une thématique intéressante : la contradiction. La loi de l’Homme se soustrait à l’autorité de Dieu. Mais dans Waco, la logique est en quelque sorte remise en cause. Autrement dit, Koresh représente l’autorité religieuse, même si autoproclamée, et Gary représente celle de l’Homme. Mais l’Homme (vous y trouverez une symbolique avec Adam et Eve par le biais de l’impatience), se laisse submerger par son émotion, son désir irrépressible du contrôle. Gary Noesner voit sa foi en l’Homme prendre un coup plus il perçoit le besoin presque maladif des autorités fédérales de régler le conflit par la force, laissant le dialogue aux oubliettes. Une séquence montre le fossé qui règne entre les deux autorités quand Koresh demande à Noesner s’il croit en Dieu. Noesner laisse échapper un rictus crispé, embêté par la question. Sa foi en l’être humain semble révolue, il ne croit plus en ses supérieurs, en l’occurrence l’autorité de l’Homme. Là, Waco développe une thématique particulièrement intéressante, presque de manière sous-jacente.

Shannon toujours aussi précis

Si Waco développe la symbolique de la foi, la série laisse apparaître rapidement ses limites. Son scénario, ses épisodes quatre et cinq boitillants et son propos parfois peu approfondi, la production estampillée Paramount Network possède en son sein deux acteurs qui font le job, et mieux encore. Des louanges pour Michael Shannon, comme d’habitude serait-on tenté de dire, toujours d’une précision chirurgicale, et Taylor Kitsch qui se laisse submerger par la folie religieuse de David Koresh. Parfois charmant, parfois troublant, Kitsch délivre une performance qui efface son rôle très moyen dans la seconde saison de True Detective.

Malgré les quelques excellentes facettes de la série, Waco reste dans une configuration trop sage et trop en surface, sans vraiment utiliser la sève de son récit. En somme, une phrase fait écho au moment du clap de fin : la violence est le langage du faible. Baisser de rideau et quelques réserves avant de quitter David Thibodeau sur les lieux du drame.

Casting : Taylor Kitsch, Michael Shannon, Rory Culkin, Andrea Riseborough, John Leguizamo, Melissa Benoist, Paul Sparks, Shea Whigham, Glenn Fleshler, Julia Garner

Fiche technique : Créée par : Drew Dowdle, John Erick Dowdle / Date de sortie : 24 janvier 2018 / Chaîne : Paramount Networks / Format : 6 épisodes – 50 min / Pays : USA