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Annihilation ou le reflet d’un Hollywood qui n’ose plus risquer

Le 23 février, Annihilation sortira dans les salles américaines, canadiennes et chinoises. Pour les autres pays, le film ne sera visible que sur… Netflix. Un micmac pas possible après la vente en décembre des droits de la Paramount à la plateforme de vidéo à la demande. Mais pourquoi ? Le 8 décembre, le site The Playlist publiait un article expliquant que « les producteurs pensent que le film est trop intellectuel pour le grand public ». Et qui dit trop « compliqué » dit salles désertes. La Paramount est persuadée que le film ne fera pas assez de recettes. Selon le Hollywood Reporter, la projection test n’a pas été concluante l’été dernier, indiquant que pour le grand public le film est trop poussé.

2017, l’année catastrophique pour la Paramount

Annihilation reste l’une des grandes attentes de ce début d’année. Son réalisateur, Alex Garland, n’est pas un débutant. Encensé par la presse pour Ex Machina, nominé aux Oscars pour le meilleur scénario original et fort d’une exploitation honnête, voire excellente, avec des recettes estimées à près de 25 millions, Garland n’a pourtant pas réussi à trouver grâce aux yeux d’un studio qui tire la langue après une année 2017 désastreuse. Peut-être l’une des raisons qui a poussé le studio à vouloir un film plus « mainstream » afin d’enregistrer de meilleures audiences.

Mais la rentabilité du film n’est pas la seule raison du deal entre Netflix et Paramount. Au bénéfice d’un budget de près de 55 millions, la production ne s’est pas déroulée sans encombres, comme le rapporte toujours le Hollywood Reporter. David Ellison, l’un des gros argentiers du studio et fondateur de Skydance, aurait exprimé son envie de retoucher la fin du film, ce que Garland a fermement refusé, tout comme le producteur Scott Rudin.

Les divergences d’opinions entre les grands financiers et les réalisateurs sont monnaie courante ces temps-ci. Rappelez-vous, le spin-off de Han Solo a fait couler beaucoup d’encre après l’éviction de Phil Lord et Christopher Miller, remplacés au pied levé par Ron Howard. Derrière ce revirement de situation, Kathleen Kennedy, présidente de Lucasfilm, après le rachat par Walt Disney, n’avait pas du tout aimé le traitement plutôt comique de l’un des personnages phares de la saga Star Wars. Annihilation n’est finalement que le reflet d’un problème de plus en plus persistant à Hollywood: jusqu’où les gros studios sont-ils prêts à aller pour générer du chiffre, au détriment d’un cinéma de qualité? Autre raison de ce partenariat avec Netflix, le changement de CEO de la Paramount. Après les mauvais résultats engrangés par la firme américaine, Brad Gray s’est gentiment retiré pour laisser place à Jim Gianopulos. Changement de politique interne et modification totale de la ligne artistique. D’où ce manque de confiance envers Alex Garland, engagé par le studio lorsque Gray était encore à la tête de la firme.

Manque de confiance et de prise de risque

Le cas Annihilation démontre cette peur des studios de prendre de véritables risques en général. Même si Netflix va indubitablement donner une plus grande audience à l’oeuvre, Garland s’est montré très déçu par la situation. Dans une interview accordée au Collider, il disait « que son film est calibré pour le grand écran ». Un épopée de science fiction réalisée et orchestrée pour le cinéma et non pour notre écran d’ordinateur.

Mais alors que Netflix joue les pompiers de service, la Paramount se tire une balle dans le pied : la firme de Los Gatos souhaite démanteler le modèle cinéma qu’on connaît à présent en appâtant ses abonnés devant leurs écrans d’ordinateur, les détournant ainsi des salles obscures. Avouez que la situation a de quoi faire rire, surtout venant d’un studio de la trempe de la Paramount. C’est un accord qui semble hâtif, un peu pris à la va-vite pour se débarrasser d’un film qui semble ne pas être un aspirateur à dollars.

Il y a toutefois un véritable cri alarmiste qui se fait sentir. Est-elle terminée l’époque où les grands studios produisaient des films qui valaient la peine ? Peut-être que la Paramount préfère investir dans de sombres navets comme Baywatch (Alerte à Malibu) pour attirer les gens dans les salles. Le manque de confiance de la Paramount démontre que l’envie de mettre en avant des films qui se veulent plus réfléchis est en train de disparaître au détriment de grosses comédies sans intérêt.