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A Star Is Born : un grand film n’est pas né

Un quatrième remake et grand baptême du feu derrière la caméra pour un certain Bradley Cooper. Exit les Barbara Streisand, Judy Garland et Janet Gaynor. La star Lady Gaga. Côté masculin, Fredric March, James Mason et Kris Kristofferson sont remplacés par Cooper lui-même. La romance au mille péripéties commence dans un bar, le « Blue Blue », là où Ally (Lady Gaga) hisse sa voix vers les astres, avec comme premier fan, une star de la country, Jackson Maine (Bradley Cooper), complètement subjugué par la caisse de la jeune femme, par l’émotion qu’elle fait passer grâce à sa simple voix.

Photo copyright : Warner Bros. Entertainment / Clay Enos

Les cheveux longs, la barbe bien fournie et le chapeau vissé sur la tête, « Jack » est l’ombre de lui-même. Sur le déclin, alcoolique notoire et traumatismes datant de l’enfance, l’artiste se laisse emporter par ses riffs et trompe la solitude grâce à ses nombreux concerts. La fameuse descente aux enfers est amorcée, l’artiste qui a connu la gloire se dessine plus les verres défilent. Son salut, c’est sa découverte : Ally. Il l’emmène avec lui, la propulse sur le devant de la scène et les projecteurs se braquent comme par magie sur la graine de star. Alors qu’elle doit beaucoup à Jackson, Ally est dorénavant la boussole d’un chanteur rattrapé par ses vieux démons.

Excellente relation fraternelle entre Cooper et Elliott

Dans les points forts, il y a la performance de Bradley Cooper, juste et touchant dans son costume de chanteur malade, mais également Sam Elliott. L’acteur de 74 ans, sublime, occupe une place centrale dans la qualité (très) relative du film. On retient une séquence sublime, forte et pudique, évitant quelques pièges du drame hollywoodien, celle où Jackson avoue que son idole de toujours était… son frère et non son père. Parfaits, les deux acteurs haussent le niveau quelque peu exécrable dans une première partie qui fait la part belle à la voix de Lady Gaga et à une succession de concerts plutôt que de disséquer le véritable sens de l’histoire : rester soi-même.

Photo copyright : Warner Bros. Entertainment Inc. and Ratpac-Dune / Neal Preston

Et c’est bien étonnant si tout le monde s’efforce de mettre en avant la performance de Gaga. Au risque de vous décevoir, Cooper est la pièce maîtresse. Sa diction digne d’un cow-boy texan – Jackson est originaire d’Arizona -, et sa façon de se laisser aspirer par la spirale de l’alcoolisme en font un socle indispensable pour la chanteuse/actrice. Soyons francs, Stefani Germanotta alias Lady Gaga, ne fait que pousser la chansonnette, sans vraiment exploiter son jeu d’actrice. On se demande, après une bonne heure de film, si nous avons d’abord à faire à un documentaire sur l’ascension de Lady Gaga – ou plutôt à celle de Taylor Swift, chanteuse country dorénavant adepte de la pop digitale dégoulinante. Oui, c’est très bien réalisé, rappelons la présence du mastodonte Live Nation à la production, et la bande-son est agréable, façonnée pour rafler des Grammys. Mais c’est là où le bât blesse. Le film en pâtit énormément, délaissant toute la profondeur et la mélancolie de l’histoire.

Derrière la caméra, c’est une autre paire de manches

Il faudra attendre près de 1h30 pour sentir véritablement le vrai sens de A Star Is Born. La fin des shows coïncide avec les moments durant lesquels nous retrouvons enfin une vraie histoire. Cooper et Gaga trouvent cette alchimie, présente pendant la majeure partie, mais bien plus belle quand la musique est mise de côté. Les péripéties, les problèmes d’alcool et la pression de la célébrité mettent en exergue les fondements même de A Star Is Born. Là, enfin, on sort des clichés irritants.

Pour une première, Cooper réussit l’examen de passage, mais n’est pas exempt de tout reproche. En tête de liste, ce plan final parfaitement dispensable, voire cette séquence en slowmotion dans le cadre d’une demande en mariage. Quelques approximations derrière la caméra, mais une capacité à créer un personnage poignant devant la caméra. Difficile d’être bon sur tous les fronts. Et si A Star Is Born n’est pas le feu d’artifice annoncé par la presse, il reste un film relativement correct, avec ses défauts et quelques qualités indéniables.

Casting : Lady Gaga, Bradley Cooper, Sam Elliott, Andrew Dice Day, Rafi Gavron, Anthony Ramos

Fiche technique : Réalisé par : Bradley Cooper / Date de sortie : 3 octobre 2018 / Durée : 136 min / Scénario : Eric Roth, Will Fetters, Bradley Cooper, William A. Wellman, Robert Carson / Musique : Julia Michels, Julianne Jordan, Lady Gaga / Photographie : Matthew Libatique / Distributeur suisse : Fox-Warner